Pour meubler une nouvelle soirée de bise sur les bords de notre beau lac Léman, nous sommes partis à la rencontre de Muriel Brun, présidente valeureuse de l'Us Saint-Gingolph...Alors préparez vous un bon thé, des cookies de Lu que nous ne citerons pas et partons à la rencontre de ce personnage passionnant...
Portrait:
Le poète dit que "derrière chaque grand homme se cache une grande femme" ( pas par la taille, sois tranquille Dan H.), Muriel Brun confirme au fil des ans cet adage. Non contente de s'imposer au côté d'un époux haut en couleur, elle a réussi plus fort en le faisant dans un monde masculin réputé parfois mysogine, celui des footballeurs.
Comme elle le dit elle-même, Madame la Présidente est "tombée dans la marmite" petite déjà. Comment échapper au football lorsque l'on fait partie de la dynastie des Hominaux? Dans le club ( auquel elle sera évidemment toujours fidèle), elle occupera toutes les fonctions, de supportrice à femme et mère de joueur(euse), avant de rentrer dans le comité et d'en gravir les échelons, à l'insu de son plein gré. Au fil des années, Muriel Brun a fait valoir une grande force de caractère, son intelligence et un investissement jamais démenti. Lorsque les gens ordinaires hésitent et se tâtent, elle se lance et s'active pour trouver des solutions. Dans son sillage, elle a su draîner une équipe dynamique et passionnée ( nous pensons évidemment aux honorables membres du comité, mais aussi à tous les bénévoles), qui fait de Saint-Gin un club à part et surtout un club qui "tourne" et véhicule une bonne image. Elle a de plus déjà assuré la pérennité du club, avec la talentueuse Cha-Cha, aussi douée balle au pied qu'un appareil photographique à la main et qui marche déjà sur les traces de sa maman.
Impliquée à tous les niveaux du club, Muriel Brun est un peu "la femme aux mille visages": supportrice des jeunes, elles arpente les terrains valaisans, caissière, assistante de la cheffe de la buvette Suzanne Barbey, lien avec les différentes autorités du village et d'ailleurs, organisatrice des événements du village, épouse de Michel Brun... elle cumule les fonctions sans jamais se plaindre et avec le même souci du travail bien fait. Son anxiété lui sert de moteur, son amour du club de carburant. Aujourd'hui, sortons deux secondes d'une impartialité journalistique jamais démentie (!!), et profitons de l'occasion pour faire passer un message: "Madame la Présidente, Surtout, cessez de vous inquiéter, tout va bien, grâce à vous et vos hommes dévoués, le club est sur les bons rails...et de cela, nous ne saurons jamais assez vous remercier..."
Place désormais à notre interview avec "la Dame de Fer" du FC...
1. Un petit coup d’œil dans le rétro, quel regard portes-tu sur cette année 2010 ?
C’est sans doute une des meilleures années que j’ai connue depuis que je suis entrée dans le Comité du FC. Prenons les évènements par ordre chronologique :
- Au début 2010, lors de l’apéritif du Nouvel An, j’avais qualifié la prestation de l’équipe 1ère de « Peut mieux faire », appréciation que je pensais sincèrement. Le printemps 2010 m’a donné raison : un excellent 2ème tour et, à l’arrivée, une 4ème place au classement derrière les habituels ténors de la 3ème ligue, malgré un effectif très, très serré, mais ô combien soudé.
- La réussite de la sortie d’équipe à Arles en juin dernier, qui n’avait plus été organisée depuis de nombreuses années, a été le reflet de cette très bonne fin de championnat : un groupe soudé qui s’est éclaté au milieu des moustiques de la Camargue.
- Autre grande satisfaction dans le courant du printemps 2010 : l’organisation réussie d’une étape de course pédestre du Tour du Chablais 2010. Cette épreuve sportive qui nécessite un important travail de préparation et la présence d’une centaine de bénévoles est très importante financièrement parlant pour une société, mais je la juge également positive pour tout un village qui se trouve réuni derrière un même projet. C’est un magnifique moyen de faire se rapprocher les gens, par-delà les générations, par-delà les frontières, par-delà les intérêts et je suis fière que le FC en soit l’instigateur (et voilà mon côté « Abbé Pierre » qui ressort). Expérience à renouveler dans les années à venir.
- Autre motif de satisfaction au cours de cette année 2010, l’amélioration de l’état de la pelouse des 2 terrains et les aménagements apportées aux installations, grâce au remarquable travail effectué par les bénévoles.
- La bonne entente avec les responsables des clubs de Port-Valais et Vouvry, qui nous a permis d’intégrer tous nos juniors à une équipe pour la saison 2010-2011, fait également partie des points positifs de 2010.
- Enfin le dernier point qui me ravit pour cette année 2010, « last but not least » comme diraient les anglais, le 1er tour de championnat effectué par la 1ère équipe cet automne : 1ère au classement avec 5 points d’avance, invaincue, meilleure attaque, deuxième défense, rien à rajouter : les chiffres parlent d’eux-mêmes et à ceux qui me diraient « vous avez eu de la chance », je répondrai « la chance, Mesdames, Messieurs, ça se provoque et ça se mérite » A bon entendeur !
- Et, parmi les réussites de 2010, je m’en voudrais de ne pas citer ce sympathique site Internet qui me permet de m’exprimer aujourd’hui et qui attire au FC beaucoup de compliments.
2. Que peut-on te souhaiter de plus pour 2011 ?
- A part la réponse que tout le monde attend de moi, ce que je souhaiterais est de gagner une grosse somme au loto, ce qui me permettrait de construire un terrain synthétique et de refaire toutes les infrastructures du club. Je sais que c’est là le rêve de plusieurs membres de mon Comité. Mais pour cela, faudrait-il encore jouer !
3. Un prono pour le classement final de l’équipe ?
- Haut, très haut dans le classement.
4. Saint-Gin est actuellement leader. Un énorme chemin reste à parcourir, mais quelle serait ta réaction en juin prochain si l’équipe joue une promotion ? ( inquiète, heureuse ??)
- Du bonheur, que du bonheur !
- Pour les choses sérieuses, je pense qu’il ne faudra pas attendre le match de promotion pour en parler. Dès les résultats des 1ers matches du printemps, nous verrons un peu mieux comment se dessine notre avenir à court terme et nous travaillerons à chercher les meilleurs moyens de l’assumer. Nous essayerons également de réfléchir à l’avenir du FC à plus long terme. En résumé, ce ne sera pas de l’inquiétude, mais de la réflexion.
5. Parlons un peu de toi…comment devient-on présidente du FC ?
- Le FC et moi, c’est une longue histoire. Je suis tombée dans la marmite quand j’étais toute petite. J’ai d’abord accompagné mon père, Jean, sur les stades de foot, puis les cousins de mon père, Denis et Thierry, ainsi que mon oncle, René. A cette époque, j’allais au rendez-vous au Commerce avec l’équipe et je trouvais toujours un joueur pour m’emmener. C’est aussi durant ces années que j’y ai rencontré mon mari le « Pti Lu ». Venu d’Evian pour goûter aux joies du football (et du vin blanc) valaisan, il a été conquis et n’en ai jamais reparti. Puis, grâce à mon beau-frère, j’ai suivi la belle et longue aventure de la 2ème ligue. J’ai ensuite décroché quelques années le temps de faire 2 enfants, qui à leur tour, ont eu l’âge d’intégrer le club. C’est donc par eux que, tout naturellement , je suis revenue autour des terrains de foot où leur cousin Romaric, juste un peu plus âgé, faisait déjà parler de lui.
- En mai 2003, Thierry Hominal, alors Président du Club, tire la sonnette d’alarme. Il réunit les parents de juniors, dont je faisais partie, pour leur signifier que si des gens ne s’investissent pas au sein du Comité, le club court à sa perte et annonce, à courte échéance, la fin du FC. Ce message agit comme un détonateur sur quelques parents de juniors. Gilles Crettenand, Pierre-André Fai et moi-même ne voulons pas de la fin du FC et, acceptons, dans l’intérêt de nos enfants, d’entrer au Comité (nous y sommes encore tous les 3). Dans un premier temps, et de part mon activité professionnelle, je prends tout naturellement la fonction de secrétaire-adjointe, poste qui très vite se transforme en secrétaire tout court. Puis, le Vice-Président de l’époque, n’habitant plus à St-Gingolph, souhaite quitter son poste. Personne ne se bouscule au portillon et j’accepte de le remplacer, pensant que je ne risque pas grand-chose. Erreur, grave erreur, car quelques années plus tard, c’est le Président Thierry Hominal, qui nous fait part de son intention de quitter le Comité, après de longues années de bons et loyaux services. Nous évoquons entre nous des remplaçants, que nous contactons, mais personne ne veut de la place. Les membres du Comité m’incitent à prendre le titre, m’assurant que je ne serai pas toute seule et qu’ils seront derrière moi. J’accepte finalement en attendant que l’on trouve mieux, mais je demande à Thierry de rester encore une année avec moi. Nous officions donc une saison avec 2 co-présidents. Comme convenu , Thierry se retire complètement au début de la saison 2009-2010 et voilà comment je me retrouve aujourd’hui à la présidence de ce club.
6. Personne n’ignore la charge de travail que cela représente…Où vas-tu chercher l’énergie nécessaire à l’accomplissement de ta fonction (sans parler de ta vie professionnelle et familiale bien remplie) ?
- Je confirme en effet que, si on veut l’accomplir correctement, cette fonction nécessite beaucoup de temps. Je pense même qu’il s’agit d’une activité à 25 %, voire à 50 % à certaines périodes de l’année. Malheureusement mon activité professionnelle et sociale et mes contraintes familiales ne me permettent pas d’y consacrer tout ce temps. Ceci me culpabilise souvent et je pense d’ailleurs que le profil idéal d’un président de club de foot est celui d’un jeune retraité dynamique et passionné (ne regardons pas tous dans la même direction). Si j’arrive à « tenir le coup » c’est grâce aux personnes qui m’entourent, me soutiennent et m’épaulent. Je veux parler bien sûr des membres du Comité, des membres de ma famille et des supporters-bénévoles. Sans eux, il y a longtemps que j’aurai raccroché (les crampons !!).
7. Etre présidente d’un club de foot, c’est peu banal. Ca n’a pas été trop dur de s’imposer dans un milieu plutôt masculin ?
- En dehors de St-Gingolph, peu de personnes savent que je suis la présidente du FC. Lors des Assemblées de Présidents de l’AVF, je me fais la plus discrète possible, car je ne suis pas sûre que tous les esprits (surtout haut-valaisans) soient prêts à accepter une femme à cette place. On croit toujours que je remplace le Président, indisponible pour l’occasion, et ça me va très bien. Autant ne pas se faire remarquer.
- Au sein du club, je n’ai jamais eu l’impression que le fait que le Président soit une femme dérangeait quelqu’un (mais peut-être que je me trompe). Certains s’en amusent, d’autres s’en félicitent mais je n’ai jamais ressenti un manque de respect ou un manque de crédibilité, liés à mon statut de femme. Je pense que ce n’est pas la personne qui est importante, mais plutôt ses convictions et la manière dont elle les met en pratique. Pour être crédible, il faut appliquer ce que l’on prône et rester fidèle à une ligne de conduite.
- De plus, je me suis toujours mieux entendue avec des garçons, et donc, dans le foot ça tombe bien car, en principe, on est plus susceptible de rencontrer des garçons que des filles.
8. Un mot sur la violence : années après années nous assistons au bord ou sur les terrains de foot à une augmentation de la violence…Existe-t-il une solution miracle selon toi ?
- Je n’ai vraiment pas de solution miracle. La violence me désole et me perturbe. Je suis quelqu’un de très tolérant et je sais relativiser les choses. Un match de foot est et reste un match de foot et, pour moi, il n’y a pas matière à s’emporter verbalement et à se battre autour d’un terrain. Attention, je n’ai pas dit qu’il ne fallait rien dire, mais il y a toujours une manière de dire les choses avec politesse et retenue. Il ne faut surtout pas répondre à l’agressivité par l’agressivité parce-que là on ne s’en sort plus. Et ceci est vrai dans tous les domaines, pas seulement autour d’un terrain de foot.
9. Quelle est ta plus grande fierté actuellement ? Que la une soit en tête du classement ? Que les jeunes obtiennent de bons résultats et des promotions au sein du Mouvement Junior ? Que nos supporters soient peut-être les plus assidus de la 3ème Ligue ? Que la Une retrouve une âme villageoise avec de nombreux joueurs, de tous âges, issus de Saint-Gin ? Même si tous ces facteurs sont forcément liés entre eux, peux-tu en ressortir un ?
- Alors sans hésiter, Que la Une retrouve une âme villageoise avec de nombreux joueurs, de tous âges, issus de Saint-Gin, car cette condition permet en partie la réalisation de toutes les autres : la tête du classement, de bons résultats des juniors tirés vers le haut par les résultats de la 1ère, des supporters assidus, etc…
- Ceci ne veut pas dire que les joueurs de l’extérieur ne sont pas les bienvenus. Bien au contraire, mais pour eux ce sera beaucoup plus facile de s’intégrer si l’équipe a déjà une ossature solide sur laquelle ils pourront s’appuyer. Regardez Elson, Jonathan, Guillaume et Julien, ils se sont parfaitement intégrés. C’est comme dans une famille, il faut 2 ou 3 membres solides qui en sont la base, le noyau et sur lesquels les autres peuvent s’appuyer, sur lesquels les autres peuvent compter. Ensuite la famille peut s’agrandir, si la base est solide, ce sera une belle famille ou une belle équipe...
10. On sait que de nombreux bénévoles s'investissent dans le club en plus d'être de fervents supporters. La vraie force du FC ne se trouve-t-elle pas autour du terrain ?
- Bien sûr que c’est une des grandes forces du FC. Car jouer au foot et gagner c’est une chose, mais ça ne se fait pas tout seul. Derrière il faut arriver à trouver du monde, en plus du Comité, qui aide à faire tourner la machine, tant sur le plan financier, que sur le plan technique et administratif. Or, à St-Gingolph, nous avons la chance d’avoir trouvé ces gens-là parmi nos supporters. Non seulement, ils soutiennent l’équipe 1ère à domicile, comme à l’extérieur, mais ils soutiennent le club tout entier en s’investissant personnellement de différentes façons. Par ailleurs, leur rôle est ingrat, alors que l’équipe est dans la lumière, ils travaillent dans l’ombre et c’est pour cette raison que, quand je le peux, je mets leur travail en valeur. Notre groupe de supporters nous est d’ailleurs envié par de nombreux clubs des alentours et ce n’est pas pour rien.
Nonobstant son statut de femme forte et respectable de la famille Fc, Muriel a accepté de répondre ensuite à quelques questions un peu plus décalée...Voyez le résultat!
1) Après les sangliers, les squatters…A quand un hiver tranquille à l’Herbette ?
Quand on y aura installé un concierge à plein temps qui ne dormira que d’un œil. Le coin est tranquille…
2) Quand t’as le petit creux de 4h, c’est quoi ton biscuit préféré ?
Je ne mange pas entre les repas, à mon âge ça fait trop de dégâts…
3) Ton mari est fan de Marseille, ta fille de Lyon, ton beau-frère lensois, mais toi pour quel club bat ton cœur ?
St-Etienne, qui c’est les plus forts, évidemment c’est les verts… ! N’est-ce pas Adrien ?
4) Une rumeur annonce que les primes seraient doublées pour chaque victoire de la Une au second tour…tu confirmes ?
Quoi ? ma démission ?
5) Malgré des envies de départ, tu es toujours en place depuis plusieurs années…ne serais-tu pas le futur Loulou Nicollin ( président du FC Montpellier depuis 1974) du Fc ?
Je vide les poubelles de L’Herbette, mais la ressemblance s’arrête là !
6) C’est pas trop dur de gérer la célèbre « Butte de l’enfer » ? (NDLR : nom du fans club le plus redouté de 3ème ligue)
Je ne désespère pas de civiliser les « Ultras ».
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